Histoire du Fer à Moulin

Historique

L'Institut du Fer à Moulin (IFM) a reçu ce nom officiellement en 2007 lors de sa création en tant que centre de recherche de l'Inserm et de l'UPMC (unité mixte de recherche en santé, UMR-S 839). Le terme « Institut du Fer à Moulin » avait déjà été utilisé occasionnellement avant cette date pour désigner les laboratoires Inserm situés dans le bâtiment du 17 rue du Fer à Moulin. Le nom de l'IFM dérive donc de celui de la rue du Fer à Moulin dans laquelle il est situé.

Le bâtiment Inserm actuel a été construit à la fin des années 1960 sur un terrain appartenant à l'Assistance Publique des Hôpitaux de Paris (AP-HP). Sur ce terrain, situé à l'emplacement du cimetière de Clamart, existe depuis le début du XIXème siècle un amphithéâtre d'anatomie devenu en 1970 l'Ecole de Chirurgie de l'AP-HP. Au XIXème siècle, par glissement paronymique, l'ancienne rue du Permoulin a pris le nom de rue du Fer-à-Moulin, terme qui désigne une pièce metallique permettant de fixer l'axe dans la meule tournante d'un moulin, également symbole (meuble) héraldique d'un moulin banal.

Le site du Fer-à-Moulin

Paul Jules Tillaux (1834-1904), directeur de l’Amphithéâtre d’Anatomie des Hôpitaux de 1868 à 1891. Statue sur le site du Fer à Moulin.Le bâtiment du Fer à Moulin est situé à l'emplacement des anciens jardins de l'Hôtel de Clamart, propriété de certains seigneurs de Clamart. Au milieu du XVIème siècle ce terrain devient le cimetière dit "de Clamart", connu pour avoir traditionnellement reçu les restes des condamnés à mort, notamment les dépouilles de guillotinés de la Révolution. Des amphithéâtres particuliers se développent à proximité du cimetière, où les étudiants viennent disséquer. Ces dissections "clandestines" sont interdites par arrêté du conseil général des Hospices et remplacés par l'Amphithéâtre d'anatomie édifié à partir de décembre 1832. L'Amphithéâtre d'anatomie est rattaché en 1849 à l'Assistance publique et devient en 1970 l'École de chirurgie de l'AP-HP. Il s'y trouvait des pièces anatomiques en cire exposées dans un musée, maintenant dans les réserves du musée de l'AP-HP.  

L'Inserm au Fer-à-Moulin

(Source : http://histoire.inserm.fr/les-lieux/institut-du-fer-a-moulin complété et actualisé en 2014)

Construction-Bâtiment Inserm small
Le bâtiment Inserm date de la fin des années 1960. A la suite d'un accord entre l'AP-HP, propriétaire du terrain, et l'Inserm, il est décidé de construire un bâtiment mixte Assistance publique/Inserm, qui regroupera des laboratoires de recherche pour l'Inserm et une bibliothèque ainsi que le comité de l'internat pour les besoins de l'AP-HP.

Biologie, médecine expérimentale, hypertension artérielle et pathologie cardiovasculaire
La première unité de recherche Inserm implantée sur le site du Fer à Moulin est l'unité 36 "Biologie animale et technique expérimentale" dirigée par Edouard Housset de 1963 à 1979. Deux autres unités s'installent ensuite dans le bâtiment Inserm, l'unité 47 "Biologie cellulaire et culture des tissus" dirigée par Henri Febvre de 1964 à 1977, puis l'unité 98 "Pharmacologie chimique" dirigée par Richard Rips de 1971 à 1985.

En 1980 Pierre Corvol succède à Edouard Housset à la direction de l'unité 36, dont l'intitulé devient "Pathologie vasculaire et endocrinologie rénale". En 1990, cette unité déménage au Collège de France, où Pierre Corvol est élu professeur et en deviendra administrateur de 2006 à 2012. Pierre Corvol est internationalement reconnu pour avoir élucidé la structure et la fonction du système rénine-angiotensine-aldostérone, système hormonal qui régule le métabolisme de l'eau et du sel et contrôle la pression artérielle.

Au départ de Pierre Corvol, deux laboratoires poursuivent les recherches dans le domaine cardiovasculaire sous la direction de François Alhenc-Gelas et de François Cambien. François Alhenc-Gelas dirige l'unité 367 "Physiologie et pathologie expérimentale vasculaire" de 1993 à 2004 qui étudie les systèmes peptidiques vasomoteurs et la physiopathologie du rein, en relation avec le diabète et l'hypertension. Il rejoint ensuite l'Institut biomédical des Cordeliers à Paris, en 2005, pour y diriger l'unité 652 "Physiologie et pharmacologie vasculaire et rénale". L'équipe de François Cambien, travaille sur l'épidémiologie génétique des maladies cardiovasculaires. Il rejoint en 1999 le site de la Pitié-Salpêtrière où il prend la direction de l'unité 525 "Génétique épidémiologique et moléculaire des pathologies cardiovasculaires".

Du muscle au système nerveux
En 1975, l'unité mixte Inserm153/CNRS "Biologie et pathologie neuromusculaires physiopathologie des myopathies" est créée et dirigée par Michel Fardeau. Son intitulé deviendra "Développement, pathologie, régénération du système neuromusculaire" jusqu'en 1996. Ketty Schwartz succède à Michel Fardeau et l'unité se déplace à l'hôpital de la Pitié-Salpêtrière où s'ouvrira bientôt l'Institut de Myologie. L'activité médicale et de recherche de Michel Fardeau a été consacrée à la biologie et à la pathologie musculaires. On lui doit d'avoir montré l'importance des techniques de cytochimie et de microscopie électronique dans l'étude et le diagnostic de ces maladies et d'avoir ouvert la voie à leur étude génétique.

André Sobel a rejoint l'unité 153 en 1983 où il dirige une équipe intitulée "Régulation cellulaire et differenciation". En 1996 il prend la direction de l'unité 440 "Signalisation et différenciation cellulaires dans les systèmes nerveux et musculaires". Ses travaux portent sur les relais et l'intégration des signaux intracellulaires, l'amenant à la découverte des protéines de la famille de la stathmine, régulatrices des microtubules. L'unité qui comprend aussi les équipes de René-Marc Mège et de Marc Vigny, devient unité 706 "Neuro-signalisations moléculaire et cellulaire" de 2005 à 2006.

En 2000, Jean-Antoine Girault, précédemment responsable d'équipe dans l'unité 114 dirigée par Jacques Glowinski au Collège de France, prend la direction d'une nouvelle unité dans le domaine des neurosciences, l'unité 536 "Transduction du signal et plasticité dans le système nerveux" de 2000 à 2006. Cette unité comprend notamment l'équipe Avenir de Thierry Galli qui rejoindra l'Institut Jacques Monod en 2006. Lors des travaux de rénovation permettant l'installation de l'unité 536 au Fer à Moulin, Jean-Antoine Girault et André Sobel, partageant un même intérêt pour la signalisation intracellulaire, décident de partager un étage de plateau technique et d'organiser des réunions de laboratoire et des séminaires hebdomadaires communs, préfigurant la mise en place d'un véritable institut de recherche.

L'Institut du Fer à Moulin
L'objectif de réunir toutes les activités de recherche du bâtiment autour de thèmes scientifiques communs sera atteint en 2007 avec la disponibilité et la rénovation de nouveaux locaux. Les équipes des deux unités de recherche du site et l'unité 616 "Développement normal et pathologique du cerveau" dirigée par Patricia Gaspar, alors à la Pitié-Salpêtrière avec Luc Maroteaux, ainsi que l'équipe Avenir de Jean-Christophe Poncer proposent la création d'un « centre de recherche » de l'Inserm et de l'université Pierre et Marie Curie, lors du premier appel à projets pour de telles structures en 2006. Cette demande aboutit à la création en 2007 de l'Institut du Fer à Moulin, UMR-S 839, dirigée par Jean-Antoine Girault avec Patricia Gaspar et André Sobel comme codirecteurs. L'IFM regroupe l'ensemble des activités de recherche du bâtiment qui portent sur l'étude du développement et de la plasticité du système nerveux. Il comprend les équipes de Patricia Gaspar, Jean-Antoine Girault, Luc Maroteaux, René-Marc Mège, Jean-Christophe Poncer et André Sobel ainsi que le groupe de recherche translationnelle de Marc Vigny et Jacques Hugon. L'IFM est rejoint successivement par les trois équipes Avenir de Fiona Francis, de Mathias Groszer puis celle de Manuel Mameli. En 2014, l'Institut du Fer à Moulin est recréé pour cinq ans, dirigé par Jean-Antoine Girault et Fiona Francis, directrice-adjointe.

La rue du Fer-à-Moulin

D'où vient le nom de la rue du Fer à Moulin ? Voici ce que dit sur l'historique de la rue du Fer à Moulin, le « Dictionnaire administratif et historique des rues et monuments de Paris » de Félix et Louis Lazare qui nous renseigne également sur l'origine de l'amphithéâtre d'anatomie (p. 349-350, 2ème édition, 1855):

Première-page Dictionnaire-historique 1855 small« Cette rue, qui faisait partie du bourg Saint-Marcel, fut construite au douzième siècle. Elle porta quelque temps après le nom de rue au Comte-de-Boulogne, en raison des seigneurs de Boulogne qui possédaient un hôtel en cet endroit. Selon Sauval, elle a pris aussi la dénomination de rue de Richebourg, qu'elle a communiquée à un petit pont sur la Bièvre, nommé depuis pont aux Tripes. En 1713, cette rue, divisée en deux parties, avait deux dénominations : la première partie, comprise entre la rue du Jardin-du-Roi (aujourd'hui rue Geoffroy Saint-Hilaire) et celle du Pont-aux-Biches1, se nommait rue des Morts parce qu'elle longeait le cimetière de Clamart ; la deuxième partie s'appelait rue Permoulin ; nous croyons que ce nom lui venait d'un propriétaire. En 1870, le nom de rue des Morts fut changé en celui de rue Muette ou de la Muette, et la dénomination de Permoulin fut remplacée par celle de Fer-à-Moulin. A cette époque les marchandises destinées à l'Hôpital-Général2, arrivant ordinairement par eau, étaient déchargées sur un port situé près de la Gare. Pour les transporter à la maison Scipion, qui servait d'entrepôt à cet hôpital, on était obligé de prendre par la barrière Saint-Victor et de remonter ensuite plusieurs rues tortueuses du faubourg Saint-Marcel. Pour abréger la longueur du chemin, les administrateurs résolurent d'élargir la rue de la Muette, qui ne pouvait servir qu'aux piétons. A cet effet, ils proposèrent à l'administration de l'Hôtel-Dieu de lui céder sur le cimetière de Clamart autant de terrain qu'il leur serait nécessaire pour donner à ladite ruelle 24 pieds de largeur, leur offrant en échange la même contenance à prendre sur l'emplacement qui leur appartenait, et qui était situé en face de la maison Scipion. Des lettres patentes du 14 mars 1783 approuvèrent ces dispositions qui furent exécutées. – Une décision ministérielle du 8 nivôse an IX, signée Chaptal, fixa la largeur de ces deux voies publiques à 10 m. En 1806, lors du nouveau numérotage de Paris, elles furent réunies sous la seule et même dénomination de rue du Fer-à-Moulin. En vertu d'un décret du Président de la République, L.N. Bonaparte, du 4 octobre 1849, la largeur de cette rue devra être portée à 12 m. Les constructions situées sur le côté des numéros impairs entre la rue des Fossés Saint-Marcel et la place Scipion, le mur de clôture de la boulangerie des hospices et les maisons nos 28 et 50 ne sont pas soumis à retranchement.
          
Au n° 1, on remarque l'amphithéâtre d'Anatomie construit en 1833 sur le terrain de Clamart, qui depuis 1545 servait de cimetière aux hôpitaux. Il  été ouvert le 1er novembre de la même année et a remplacé tous les amphithéâtres particuliers supprimés par arrêté du 3 décembre 1834. Il est destiné à l'instruction des élèves en médecine et chirurgie, qui y sont tous admis indistinctement, moyennant un léger droit de présence; néanmoins les chefs de service et les élèves de l'administration y jouissent de quelques privilèges. Des salles de dissection, un musée curieux d'anatomie, un amphithéâtre pour les cours, et le cimetière pour les hôpitaux, situé boulevard extérieur près de la barrière du Mont-Parnasse, forment le ressort de cet utile établissement."

[1] Actuellement rue de la Clef.
[2] Etablissement laïc sans vocation médicale mais lieu d'enfermement des pauvres. Voulu par des dévots laïcs (la Compagnie du Saint-Sacrement) sous le règne de Louis XIII, il entendait résoudre le problème de la mendicité et des cours des miracles. A Paris, il fut créé dans les établissements de la Salpêtrière, la Pitié, et Bicêtre, et destiné à accueillir selon les termes de l'Édit royal de 1656 les pauvres « de tous sexes, lieux et âges, de quelques qualité et naissance, et en quelque état qu'ils puissent être, valides ou invalides, malades ou convalescents, curables ou incurables ». (source Wikipédia)

Qu'est-ce qu'un "fer à moulin" ?

Dans un moulin, les grains de céréale sont moulus entre deux meules circulaires en pierre, la meule gisante en dessous et la meule tournante au-dessus. Un fer à moulin ou fer de moulin, encore appelé anille, est une pièce métallique incrustée et scellée dans le trou central (appelé œillard) de la meule tournante. Le fer à moulin est solidaire de l'axe ou de la manivelle d'entraînement. Sa fonction primordiale est de transmettre la rotation à la meule tournante, tout en pouvant être facilement retiré ce qui permet d'introduire le grain à moudre par la partie supérieure de la meule tournante. Cette invention est ancienne puisqu'elle a été rapportée chez les Gaulois par Vitruve, architecte romain (1er siècle avant notre ère) qui accompagne les légions en Gaule et en Espagne, dans son traité d'architecture "De architectura libri decem" : " ... qu'une roue entraîne un axe en fer en forme de hache, pour actionner la meule de dessus...". (source : Histoire d'anilles par Alain Mazeau).

Les anciens moulins de Saint-Blaise

Meule-gauloise-avec-anille A Mazeau

 

 

 

 

 

 Fer-à-moulin 

 


Illustrations: En haut à gauche, meule tournante gauloise avec son fer à moulin ou anille (Photo A Mazeau); en bas à gauche, anille en forme de double hache qui traverse l'oeil de la meule à laquelle elle communique la force d'entraînement de l'axe moteur; à droite, schéma d'un moulin à eau, le moulin de Saint-Blaise.
Sources: 
http://www.guyenne.fr/Association/Anille/Anille.htm
http://moulindelamousquere.pagesperso-orange.fr/pages/tournant.htm
http://famille.dardel.info/images_Suisse/Moulins.html

De-GERESME-en-Brie d-Azur-à-trois-anilles-d-or

L'anille ou fer de moulin est aussi utilisé dans les armoiries, c'est un "meuble héraldique". L'anille était l'emblème attribué seulement aux seigneurs haut-justiciers. Il n'appartenait qu'à ceux-ci d'avoir droit de moulin banal et d'obliger tous les vassaux à y venir faire moudre, avec défense à tous les meuniers circonvoisins de venir empiéter sur leurs privilèges. D'après le chroniqueur liégeois, Jacques de Hemricourt « les fers de moulin étaient jadis les marques les plus propres et les plus assurées pour indiquer la condition illustre de ceux qui possédaient des moulins banaux ».

Illustration: Blason de Geresme, en Brie, d'Azur, à trois anilles d'or.
                                             Source:http://patrick.serou.free.fr/definitions-anilles.html

Submit to FacebookSubmit to Twitter